Le fonds ancien de la bibliothèque
La bibliothèque possède une large collection de fonds anciens
Le fonds primitif de la Bibliothèque Municipale de Tournus est celui de l'ancien Chapitre de l'abbaye Saint-Philibert.
Une collection unique réduite en cendres au XIe siècle
Comme le dit l'historien Juénin au XVIIe siècle, « la bibliothèque du monastère de l'abbaye de Tournus était tenue pour être des plus belles et amples du royaume ». Cependant les collections issues du scriptorium des moines furent détruites lors d'événements funestes et regrettables comme l'incendie de 1018. Seuls deux manuscrits sur parchemin en réchappèrent : la fameuse copie du Xe siècle de l'ouvrage du moine Ermentaire La Vie, les miracles et la translation des reliques de St Philibert et le Chronicon Trenorchiense que l'on doit au moine Falcon au XIe siècle.
Les ravages de la guerre
La Bibliothèque reconstituée subira en 1245 un autre incendie. Ne furent sauvés du feu que les ouvrages précédemment cités ainsi qu'un manuscrit du XIIe, Martyre, translation et miracles de St Valérien, attribué au moine Garnier. Si la bibliothèque renaît une fois de plus de ses cendres, ce sont les guerres de religion, notamment lors du saccage de la ville par les Huguenots en 1572, qui firent connaître à la bibliothèque un de ses plus grands désastres. L'historien Claude de Wignaucourt, hôtelier de l'Abbaye de Tournus à cette période, indique « que les papiers et documents de l'abbaye ainsi que les livres furent brûlés ou rompus en si grande quantité que la terre en était toute couverte ».
L'oeuvre du Cardinal de Fleury
Au XVIIe siècle - après la sécularisation - les chanoines éclairés reconstituèrent une nouvelle bibliothèque.
Au XVIIIe sous l'abbatiat du Cardinal de Bouillon mais surtout sous celui du Cardinal de Fleury on trouve trace de la bibliothèque des chanoines mais aussi de celle de l'Abbé. Située au dessus de la salle du Chapitre, c'est pour cet endroit, comme l'écrit Jean Martin, conservateur de la Bibliothèque et du Musée au XIXe siècle, « que le Cardinal de Fleury fit faire les belles boiseries, décorées de ses armes que nous possédons encore aujourd'hui ». C'est aussi Fleury qui augmenta les collections vers 1727 de nombreux ouvrages précieux parmi lesquels les magnifiques grands in-folio de la collection du Louvre « Suite et arrangement des volumes d'estampes dont les planches sont à la bibliothèque du Roy » nommés aussi « Estampes du Cabinet du Roi » (Paris, Imprimerie royale, 1727). Ces ouvrages témoignent en images du règne d'un grand roi, Louis XIV, mais aussi du talent de grands artistes et de l'évolution apportée dans l'illustration par la technique, alors à son apogée, de la gravure en taille douce associée au procédé d'impression appelé eau-forte.
Le tournant de la Révolution
Après la Révolution, disparurent les derniers chanoines et la bibliothèque fut confisquée au même titre que les bibliothèques privées de notables du Tournugeois (notamment celle de la famille De Naturel). En 1792, le corps municipal ordonne que « les livres de scolastiques et de littérature composant la bibliothèque du ci-devant Chapitre soit mis à disposition pour servir à l'éducation de la jeunesse ». En 1795, une note du Comité Municipal de l'Instruction mentionne « de nombreuses pertes et dégradations et demande des mesures d'urgence ». Les ouvrages regroupés en 1795 à la Chapelle Saint-André (détruite en 1804) forment une bibliothèque qui fut ouverte au public en 1800 et, ce, deux fois par décade. « Les citoyens peuvent s'y procurer les ouvrages qui pourront contribuer à la récréation de leur esprit et au développement de leurs connaissances morales ».
Le grand catalogue du XIXe siècle
A partir de 1804 les livres sont déplacés à l'Hôtel de Ville et la bibliothèque fonctionne tant bien que mal. Il faut attendre 1853 pour que l'abbé Pater aidé du jeune Jean Martin soit officiellement chargé de l'élaboration du catalogue. Cette tâche dura jusqu'en 1867 et jusqu'à cette date aucun livre n'est autorisé à sortir... En 1876 on installe les boiseries du Cardinal de Fleury dans les greniers de l'Hôtel de Ville et Martin, nommé bibliothécaire, est chargé de mettre de l'ordre. Les ouvrages sont alors inventoriés et catalogués sur fiches « d'après le système prescrit par le Ministère de l'Instruction Publique ». En 1908 on y compte 17 640 volumes.
Jusqu'en 1972 la bibliothèque occupait tout l'étage des greniers de l'Hôtel de Ville et n'ouvrait au public que les jeudis et dimanches de 9 h à 11 h.
Le retour aux sources
En 1972, la bibliothèque est déplacée dans le corps de bâtiment de la cour du cloître de l'Abbaye Saint-Philibert. Au rez-de-chaussée sont prêtés des ouvrages contemporains et différents supports multimédia pour les adultes et les enfants. Quant aux belles boiseries du Cardinal, déplacées une fois de plus, elles ont été installées au premier étage où elles supportent aujourd'hui encore les ouvrages patrimoniaux (un peu plus de 13 000 à ce jour). La bibliothèque de Tournus est retournée à son contexte d'origine.
Le tout constitue, dans ce bel écrin du cloître, un ensemble remarquable, très apprécié non seulement des touristes mais aussi du public de chercheurs (amateurs et professionnels) qui peut consulter les ouvrages anciens tous les jeudis après-midi de 14 h à 18 h et les autres jours sur rendez-vous.

