1019-2019, centenaire du maillot jaune de Fausto Coppi

I miti del ciclismo : Fausto Coppi (Collection La Gazetta dello Sport, 2005) VO Durée 35mn 

Fausto Coppi , né en 1919, est considéré comme l’une des icônes du cyclisme mondial. 

Redoutable coureur, excellent grimpeur et bon sprinteur, en vingt ans de carrière, il a presque tout gagné, cinq fois le Giro d'Italia et deux fois le Tour de France , devenant ainsi le premier cycliste à remporter les deux courses la même année (1952). Sa rivalité avec Gino Bartali était légendaire , divisant l’ Italie dans l’ère de l’après-guerre., également pour les diverses positions politiques alléguées des deux.

LA VOCE – Paris le 25/07/2019

Fausto COPPI : le Campionissimo

Au cours de sa carrière Fausto Coppi a disputé 666 courses sur route et remporté 118 victoires.

Il a participé à 95 courses sur piste et a remporté 84 victoires. Uniquement en 1952, au cours de son année la plus faste, il a récolté 18 succès.

Les principales victoires de son palmarès :

5 Giri d’Italia (1940, 1947, 1949, 1952, 1953)

2 Tours de France (1949, 1952)

1 Record de l’heure (1942)

1 Championnat du Monde sur route en 1953

2 fois Champion du monde sur piste et 4 fois Champion d’Italie, 1 fois Paris-Roubaix, 1 fois la Flèche Wallone,

5 Tours de Lombardie et 3 Milan-Sanremo.

Fausto Coppi est sans doute le coureur le plus charismatique de toute l'histoire du cyclisme. Certes il ne possède pas le palmarès le plus fourni mais comme l'a écrit Jacques Goddet : « Il fut unique » tant par ses exploits plus exceptionnels les uns que les autres, que par sa prestigieuse personnalité, « son nom ayant brisé toutes les frontières du sport ». Il était selon Maurice Vidal, directeur du« Miroir-Sprint » un mythe et plus noblement encore « un symbole, celui de l'épanouissement de l'individu doué d'une intelligence enrichie par la bonté, la douceur, l'humanité ».

Quant à Félix Levitan, à l'époque co-directeur du Tour de France, il écrivait : « Comme s'il était possible de ne pas aduler Fausto. C'est sa droiture qui nous le fait aimer. Peu importe qu'il triomphe de nos champions. Coppi serait-il rouge, jaune ou noir que nous l'aimerions autant. D'ailleurs quand Coppi apparaît en France c'est du délire. Attention, pas de l’idolâtrie mais simplement une grande ferveur admirative ».

Ses qualités physiques étaient tout aussi exceptionnelles. Très maigre c'est-à-dire sans poids inutile, il possédait par contre des reins et des bielles d'une puissance peu commune, actionnés par un véritable soufflet de forge (près de 7 litres de capacité pulmonaire), tout cet appareil soutenu par un coeur très lent (40 pulsations/minute). Unique faille de cette merveille : la fragilité du cristal de son ossature qui lui valut de nombreuses fractures allant de la hanche et la clavicule à celles beaucoup plus graves du bassin et du rocher. 

À ces qualités physiques et morales rarement égalées chez un champion, Coppi ajoutait une soif de victoires qui le faisait se dépasser à chaque épreuve importante alors qu'il aurait pu triompher presque « en dilettante ». Pour cela, il n'hésitait pas à s'échapper à 200km de l'arrivée et parfois plus, résistant seul à tous ses poursuivants qui avaient pour noms Bartali, Magni, Bobet, Koblet, Kubler et autre Van Steenbergen, pour franchir la ligne d'arrivée avec une avance qui dépassait souvent le quart d'heure. Ainsi entre 1946 et 1954, Coppi, une fois évadé du peloton ne fut pas une seule fois rejoint et remporta ainsi 52 victoires. Mais le registre du Campionissimo ne s'arrêtait pas aux seules épreuves sur route. Courant sur piste une grande partie de l'hiver, il se montrait pratiquement imbattable en poursuite individuelle sur 5 ou 10kms. Il en disputa 90 durant sa carrière et en remporta 85, rejoignant le plus souvent ses adversaires avant la limite. Puis en 1949, après avoir gagné à la suite le Giro et le Tour, il faillit réussir un doublé tout aussi sensationnel lors des championnats mondiaux, remportant le titre en poursuite et terminant 2 jours plus tard 3ede l'épreuve sur route.

Fausto Coppi naquit le 15 septembre 1919 à Castellania (Piémont) d'une famille de 5 enfants. À la mort prématurée de son père, le jeune Fausto fut obligé de quitter l'école à 14 ans pour aller travailler comme livreur à bicyclette chez le charcutier du village voisin, Novi Ligure, pays natal de l'ancien Campionissimo Costante Girardengo, qui l'encouragea à la compétition cycliste et le fit rencontrer dès 1937 Biagio Cavanna, ancien boxeur devenu aveugle, qui s'était reconverti comme masseur et avait ouvert une petite école d'apprentis coureurs. À la simple pulsation du corps de ce garçonnet chétif, Cavanna lui prédit une très grande carrière : « grâce à la finesse

de tes jambes et à la puissance peu ordinaire de tes reins, tu es né pour être coureur cycliste et si tu persévères, tu seras un jour plus fort que Girardengo et Binda ». Et 2 ans plus tard, il entrait chez « la Legnano » comme équipier du grand Bartali qu'il allait battre l'année suivant sur le Giro, alors qu'il avait seulement 20 ans. Puis en 1942, en pleine guerre, sans préparation ni matériel spécial, il s'attaquait avec succès au record du monde de l'heure qui ne sera battu que 14 ans plus tard par Jacques Anquetil. Ensuite il fut appelé sous les drapeaux, sur le front de Libye où il fut fait prisonnier par les anglais et contracta le typhus. Il ne retourna en Italie qu'en 1945. Il reprit son vélo de compétition, alors recommencèrent les exploits, plus sensationnels les uns que les autres.

Et c'est cet exceptionnel champion qui venait de remporter un mois auparavant le Giro devant Bartali, qui se présenta au départ du Tour de France 1949 en compagnie de ce même Bartali, ces deux adversaires devant être dirigés par un autre ancien monument du cyclisme italien, Alfredo Binda, qui avait fait le pari de faire cohabiter dans la même équipe les deux coureurs et de les mener à la victoire. En se montrant aussi bon directeur sportif qu'il était autrefois champion, Binda réussit ce qui paraissait au départ une gageure : Coppi remportait ce Tour 49 devant et avec l'aide de Bartali. Accidenté lors de la 5eétape et relégué à plus d'une demi-heure du Maillot jaune Jacques Marinelli, Coppi décidait de se retirer de la course, mais fut exhorté par Binda de reprendre le départ le lendemain matin. Ce que fit Coppi qui n'eut pas à le regretter, reprenant dans la deuxième partie de l'épreuve plus d'une heure à un Marinelli, brillant 3eà Paris. Durant ce Tour, les français qui connaissaient déjà le Coppi rouleur (2 fois vainqueur des « Nations »), découvraient l'exceptionnel grimpeur qu'il était, et André Leduq, double vainqueur du Tour et désormais journaliste, écrivait dans « Le Miroir des Sports » : « En montagne Coppi est écoeurant de facilité. L'aisance de Fausto y est stupéfiante. Coppi grimpe comme d'autres font de l’aquarelle, sans plus d'efforts apparents ».

S'étant fracturé le bassin lors de la 9eétape du Giro, Coppi ne put disputer le Tour 1950 et reporta ses ambitions sur l'édition suivante lorsque le 26 juin 1957, c'est-à-dire juste à une semaine du départ du Tour, son frère Serse qu'il chérissait par-dessus tout, se tua dans le dernier kilomètre du Tour du Piémont. Rongé par le chagrin mais fidèle à son engagement, Coppi se présenta au départ de ce Tour 1951. Bien entendu lors de la première partie de l'épreuve, il ne fut que l'ombre de lui-même : victime sous la chaleur torride de la 16eétape d'une énorme défaillance, il arriva à Montpellier juste avant les délais. Mais 4 jours plus tard, dans un sursaut d'orgueil, il accompagnait Koblet dans l'Izoard et terminait seul à Briançon. Dixième au classement final, il effectuera au parc des Princes un tour d'honneur sous les « evviva » de la foule, le remerciant ainsi de sa conscience professionnelle dans le malheur qui le touchait.

Mais Coppi n'était pas homme à disparaître sur une défaite, et sur le Tour 1952, il se surpassa. Cette année-là, les organisateurs avaient innové, incluant dans leur épreuve 3 arrivées en altitude :

L'Alpe d'Huez, Sestrières et le Puy de Dôme : trois nouvelles victoires d'étapes pour Coppi. Comme l'a écrit Serge Laget : « Le champion italien y tutoya les nuages, Bartali passa par la fenêtre et pour entretenir un semblant de suspense derrière l'intouchable, Jacques Goddet doubla la prime du deuxième (fait unique dans toute l'histoire du Tour) ». Jacques Goddet, quant à lui, écrivit dans ses mémoires : « Ce qui m'a le plus marqué dans le Tour fut la domination sublime et préoccupante de Coppi en 1952. Il écrasait la course, lui enlevant toute signification. Pour les organisateurs, c'était terrifiant ».

Ce fut la dernière apparition de Coppi sur le Tour, qui n'en termina pas cependant sa carrière couronnée par un titre mondial sur route en 1953.

C'est alors qu'il venait d'avoir 40 ans, qu'au cours d'une tournée de critériums en Haute-Volta, il contracta une malaria qui lui fut fatale. Décédé le 2 janvier 1960, ce sont, selon le journaliste Maurice Vidal « des millions d'hommes et de femmes qui demeurèrent pétrifiés à l'annonce de la mort de Coppi ». Et c'est tout un peuple anéanti qui conduira à sa dernière demeure, près de son frère Serse, le plus humble mais aussi le plus grand des champions italiens.

Jean GILLE